Conférence / Recherche
Jeudi 28 Mars 2019
15h00

Sciences et arts de la ville : un dialogue interdisciplinaire sur les conflits de société à propos d’espace et d’environnement.

Le séminaire est ouvert à tous ceux qui sont intéressés à la fois par le sujet et par la méthode inhabituelle d’enquête qui est en débat et qui veulent apporter leur propre contribution.
Ce séminaire de travail a pour objet les conflits de société à propos d’espace et d’environnement.

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Au centre du débat public depuis plusieurs mois, les revendications du mouvement des Gilets Jaunes ont une composante spatiale majeure. Commencées comme simples protestations contre la hausse du prix des carburants, ces revendications ont bientôt assumé une plus vaste portée. Elles impliquent désormais des questions de redistribution territoriale de ressources, et donc de justice spatiale, aussi bien que des questions d’aménagement du territoire. Elles nous questionnent notamment sur les modèles urbains que l’on envisage pour le futur en relation à la mobilité et aux enjeux écologiques.

Le séminaire s’insère dans un projet, actuellement en préparation, qui a l’ambition d’analyser les questions de justice spatiale et d’environnement en mettant en œuvre des dispositifs hybrides expérimentaux permettant aux artistes et aux chercheurs en sciences sociales de travailler ensemble. La présence des artistes est de plus en plus courante dans les projets de recherche, souvent comme présence ponctuelle, pour communiquer au grand public les résultats de recherche ou comme dispositif facilitateur en recherche-action. Toutefois la relation arts sciences reste encore peu formalisée.

Notre idée est d’y réfléchir épistémologiquement de manière plus approfondie et de faire travailler plus systématiquement artistes et chercheurs ensemble, au-delà des simples juxtapositions des démarches et des influences réciproques.

C’est à partir de ces prémisses méthodologiques que les conflits spatiaux et environnementaux deviennent, dans notre séminaire, matière de réflexion commune entre quatre personnes dont la démarche se situe variablement entre arts et sciences.

L’écrivain Aurélien Bellanger,  traite dans ses ouvrages les questions spatiales en intégrant à la dimension esthétique une réflexion rigoureuse et originale qui relève des sciences sociales.

Les géographes Yann Calbérac et Michel Lussault mobilisent le théâtre comme une méthodologie à part entière des sciences sociales, au même titre qu’un laboratoire dans le cas des sciences expérimentales. A travers l’improvisation théâtrale, menée avec artistes et public sur une base de variables données par les chercheurs, ils observent comme in vitro les dynamiques sociales jusqu’à parvenir à des formes qui se prêtent à l’analyse en sciences sociales.

Le géographe Jacques Lévy réalise depuis quelques années des films scientifiques, comme Urbanité/s, en 2013, où produit artistique et théorie du social convergent. Dans plusieurs de ses publications et plus récemment avec la sociologue Irene Sartoretti, il réfléchit d’un point de vue épistémologique sur la possibilité de nouveaux régimes cognitifs qui puissent dépasser la séparation de matrice cartésienne entre arts et sciences sociales en englobant, dans la démarche scientifique, les langages et les processus de production propres aux arts.

 


Intervenants

Aurélien Bellanger écrivain.
Ses romans l’Aménagement du Territoire et Le Grand Paris (Gallimard), et ses chroniques sur France Culture sont construits autour des questions spatiales. Ils montrent comment les sciences sociales n’ont pas le monopole de la connaissance de la société mais peuvent s’enrichir beaucoup à partir des œuvres d’artistes et, notamment, d’écrivains.

Yann Calbérac géographe, enseignant-chercheur à l’Université de Reims.
Ses recherches portent sur l’histoire et l’épistémologie de la géographie, et en particulier sur le tournant spatial des sciences humaines et sociales. Avec Michel Lussault, il a récemment utilisé le théâtre comme méthodologie a part entière des sciences sociales.

Jacques Lévy géographe, professeur à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne et à l’Université de Reims.
En 2018  il a gagné le prix Vautrin-Lud, considéré comme le Nobel de la géographie. Parmi ses intérêts de recherche, qui vont de la géographie du politique à la justice spatiale, se trouve l’épistémologie des relations entre productions culturelles, notamment arts et sciences.

Irene Sartoretti, architecte et sociologue, enseigne à l’ENSAS et fait partie du laboratoire de recherche AMUP.
Elle réfléchit à comment analyser la dimension spatiale du social en englobant dans la démarche scientifique les langages et les processus de production propres aux arts.