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rencontre avec Agnès blondin-carrez, nouvelle directrice de l’ENSAS

« Je crois davantage à la continuité qu’aux ruptures »

Nouvelle directrice de l’ENSAS depuis mars 2026, Agnès Blondin-Carrez conçoit sa mission comme un accompagnement des étudiant.es, enseignant.es-chercheur.ses et personnels dans la transformation que connaît l’architecture aujourd’hui, marquée par les enjeux climatiques. Partenariats, territoire, pédagogie, amélioration énergétique… tour d’horizon des orientations et chantiers à venir.

Votre parcours comme architecte, puis à la DRAC Grand Est et à l’ENSA Toulouse semble vous prédisposer à cette nouvelle mission. Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui ? 
Effectivement. J’ai appris à bien connaître le fonctionnement des écoles d’architecture grâce à mes trois années à la direction de l’ENSA Toulouse. C’est aussi un plaisir de retrouver l’écosystème strasbourgeois et bas-rhinois, que j’ai côtoyé en tant que cheffe de l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine à la DRAC.
J’aime travailler au quotidien pour les communautés, celle des étudiants, des enseignants-chercheurs et du personnel administratif. C’est un moteur. Les métiers évoluent, en particulier celui d’architecte. C’est essentiel d’accompagner l’évolution de la formation pour outiller nos étudiants dans leur pratique professionnelle, que ce soit dans la maîtrise d’œuvre ou le conseil.

Quelles sont ces évolutions ? Voulez-vous parler de la transition écologique ?
Oui. La construction neuve se restreint, les architectes sont de plus en plus amenés à composer avec l’existant. La gestion des ressources, des déchets lors des démolitions, les exigences environnementales, les matériaux bio-géosourcés entrent dans la réflexion architecturale et interrogent la manière de construire. Il s’agit pour nous de poursuivre la transformation de nos formations avec l’approche par les compétences. Je pense en particulier à certaines formes pédagogiques menées en partenariat avec les acteurs du territoire (collectivités territoriales, CAUE, parcs naturels…). L’intervention de professionnels et les ateliers de projet sont des temps de rencontre et de dialogue où les étudiants apprennent à cerner les attentes et enjeux du territoire. C’est d’une richesse incroyable.
Nous poursuivons également le déploiement de la formation par alternance. Je vois mon action comme le prolongement de ce qui a été initié. Je ne crois pas aux ruptures. Il est important d’aboutir et de stabiliser les changements. D’autant plus que nous devons prolonger notre rigueur budgétaire.

Et en matière de recherche et d’international ?
La recherche prend une place croissante dans les écoles d’architecture. Elle enrichit la formation, notamment au niveau master, et je la soutiens pleinement. Je suis aussi très attachée aux collaborations avec l’Université de Strasbourg et les autres écoles via le réseau AlsaceTech.
Concernant l’international, nous avons besoin d’un temps de recul et de diagnostic pour définir en concertation notre stratégie. L’enjeu est de pérenniser les partenariats. La dimension trinationale fait partie de l’ADN de l’ENSAS et pourrait être renforcée, par exemple avec un master franco-allemand-suisse.

Quelles sont les valeurs de l’ENSAS qui guident vos actions ?
Elles transparaissent dans nos programmes Egalité des chances et Cordées de la réussite : l’inclusion, l’accompagnement du handicap, l’ouverture culturelle, l’adaptation climatique ainsi que la prévention des violences sexistes et sexuelles pour garantir un cadre de travail et d’études respectueux.

Concernant l’adaptation climatique, l’architecture est au cœur de cet enjeu, comment vous positionnez-vous ?
Le secteur du BTP est l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Les enjeux environnementaux sont intégrés dans nos enseignements, par exemple la problématique des îlots de chaleur. Nous héritons d’un bâti et d’un espace public. Intervenir sur un bâti existant nécessite de le connaître pour agir avec mesure et considération, dans l’objectif de transmission aux générations futures. Par exemple, les bâtis alsaciens à pans de bois n’ont pas le même comportement qu’un ouvrage maçonné.

Concrètement, quels sont les chantiers prioritaires des prochains mois ou années ? 
Nous engageons des travaux d’amélioration énergétique de nos bâtiments, en lien avec l’évolution des usages pour envisager de nouveaux espaces de réunion et de travail collectif. Nous poursuivons l’intégration de l’approche par compétences dans nos formations, notamment en master.

Dans trois ans, qu’aimeriez-vous voir accompli ?
J’aimerais voir le projet immobilier de l’ENSAS en cours d’achèvement, nos partenariats renouvelés et développés dans l’écosystème alsacien et rhénan, ainsi qu’un climat social d’écoute respectueuse où chacun prend plaisir à venir travailler et étudier.

Propos recueillis par Stéphanie Robert