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Quand l’architecture rencontre la ruralité

Hiver 2025, quelque part dans les Vosges du Nord…

C’est une petite troupe d’une douzaine d’étudiants qui descend du train ce matin de mars. Les moins prévoyants grelottent un peu, les fonds de vallée sont frais dans les Vosges du Nord en cette fin d’hiver. La minuscule gare de Tieffenbach - Struth connait une animation inédite à cette heure-là. Ce sont même deux maires en personne qui président un comité d’accueil improvisé. Les premiers magistrats des deux modestes communes alsaciennes ont tenu à être là pour accueillir des futurs architectes venus se confronter à la ruralité. 

Nos deux édiles sont d’abord surpris par le cosmopolitisme de cette équipe. Ils et elles viennent de Colombie, d’Argentine, d’Allemagne, d’Espagne, de Franche-Comté et même de Lorraine ! Le maire en sourit encore. En Alsace, on ne perd jamais une occasion de taquiner les voisins lorrains. Même s’ils ne sont qu’à quelques kilomètres. Mais que sont donc venus faire ces apprentis bâtisseurs dans ces villages ô combien ruraux des Vosges du Nord ? Quelques explications sont nécessaires. 

Au départ, il y a le projet Rural Studio, une rencontre entre architectes. D’un côté, Emmanuelle Rombach, une professeure de l’ENSAS férue de ruralité et habitante de ce coin de campagne. De l’autre, l’équipe d’architectes du Parc naturel régional des Vosges du Nord. Leur idée : soumettre un lieu et ses problématiques à des étudiants, dans le cadre de leur Master 1, leur quatrième année d‘école d’architecture. Les étudiants y gagnent une expérience rare et le territoire s’enrichit de propositions parfois novatrices et souvent très inspirantes pour les responsables locaux.

Lancé en 2019, Rural studio rencontre chaque année un grand succès auprès des étudiants. Sur les dix ateliers proposés, il apparait à certains comme plus direct en proposant de sortir de la ville et d’avoir un contact avec les habitants et les élus locaux.

Vanille Garnotel, étudiante : « Rural Studio, c’est un atelier qui sortait de l’urbain, qui permettait de travailler sur le terrain, d’avoir un rôle plus concret. »

Un workshop en déambulation 
Le café a réchauffé les plus frileux. Pascal, architecte du Parc, a donné les consignes pratiques. Les premières interrogations arrivent. C’est étonnant de constater par exemple que le voyage depuis Strasbourg n’a duré que 40 minutes ! À peine le temps nécessaire pour traverser du nord au sud la capitale européenne, aux heures de pointes ! Et puis qu’est-ce que ce lotissement avec maisons à toits plats à l’entrée du village ? Et Struth, c’est où ? Bref, par quoi commencer ? Une méthode doit se mettre en place. Au préalable, d’évidence, il convient de mieux connaître le territoire, d’établir un diagnostic. Deux journées bien remplies en perspective.

Le temps des rencontres
Ces moments sur le terrain vont permettre aux étudiants de découvrir une des singularités de Rural studio : les échanges avec les habitants. Le premier d’entre eux les a beaucoup marqués. Roland Letcher, maire de Tieffenbach depuis 1989, connaît son village sur le bout des doigts. Il y a grandi et y habite toujours. Sa commune, malgré la présence d’une gare et d’une ligne la reliant à l’Eurométropole en moins d’une heure, voit sa population diminuer. Depuis longtemps, il s’interroge sur comment inverser cette tendance de fond. Il sait qu’il a des atouts mais comment agir ? La venue de cette jeune et joyeuse équipe peut-elle apporter quelques réponses ? Jean-Claude Berron, le maire de Struth depuis 2001, fait le même constat et porte les mêmes espoirs. Ils partagent aussi une autre crainte : leurs villages ne doivent pas devenir simplement des cités dortoirs. Il faut aussi leur redonner de la vitalité, renouer les liens sociaux, séduire les plus jeunes. Nos apprentis architectes vont nourrir leur réflexion de ces rencontres comme de ces découvertes : des espaces disponibles, des bâtiments désaffectés, des ressources… Un certain potentiel est là, encore faut-il bien l’exploiter.

Le temps du diagnostic
Topographie, hydrologie, géologie, démographie, toutes les sciences vont être mobilisées pour mieux comprendre ces deux communes. D’autant qu’elles sont très différentes. L’une est installée en fond de vallée et à flanc de coteau quand l’autre s’étale sur un plateau ouvert. Le diagnostic se doit d’intégrer plusieurs dimensions : l’humain, la nature et ce que les architectes appellent les artefacts, c’est-à-dire ce qui est modifié ou créé par l’homme. Un artefact, c’est un bâti existant, une route, un pont de chemin de fer, un panneau de signalisation, un objet. Tous ces éléments vont très vite largement nourrir les réflexions.

À Tieffenbach, la présence de la gare avec autour ce grand espace ouvert, la multiplication des granges à Struth, des anciens ateliers dans un état de conservation plus ou moins exploitable… Autant de possibilités d’aménagement qui vont nécessiter des réflexions plus approfondies, intégrant les enjeux d’aujourd’hui : dérèglement climatique, vieillissement des populations, origine des matériaux, artificialisation des sols…

Le temps des propositions
Ce travail d’immersion va déboucher sur des inspirations variées. La force des propositions élaborées par les architectes tient à la place centrale, dévolue aux activités humaines. Maison des savoir-faire, logements intergénérationnels, ferme alternative, ateliers d’artisanat, pépinières d’entreprises, tourisme alternatif, équestre : l’économie est largement mise en valeur. Le vivre ensemble n’est pas négligé avec des projets de pavillon sportif, de site de baignade et de café associatif. Du côté de Struth, c’est l’omniprésence des granges qui va interpeler les architectes. Que d’espaces non occupés ! Combien de logements peuvent être imaginés sous ces toits immenses ? Encore une piste à explorer. 

Pascal Demoulin, architecte, Parc naturel régional des Vosges du Nord : « Osez investir les granges ! Ces grands volumes peuvent très bien accueillir de nouveaux habitants. »

Léane, étudiante : « Lors d’un premier rendu en juin, les élus ont été surpris par le niveau de détails de nos projets, certains programmes leur semblaient faisables. »

Et si on parlait matériaux 
À ce moment de leur parcours universitaire, les étudiants n’ont pas forcément beaucoup exploré le vaste univers des matériaux de construction. Avec leurs professeurs et un centre de formation, le Gabion, ils vont profiter de Rural Studio pour s’immerger dans une nouvelle dimension pour eux. Chaque matériau présente des avantages et des contraintes, le facteur prix est également déterminant, la provenance et l’impact carbone doivent aussi être pris en compte. Et les matériaux biosourcés, en fait c’est quoi ?

Révélation à la population
8 octobre 2025, salle du conseil municipal de Tieffenbach 
La salle est pleine, les projets sont posés les uns à côté des autres sous forme de maquettes en trois dimensions. Sans explication , c’est un peu intrigant. Les discours des deux élus sont chaleureux, les remerciements nombreux. Il en émane une certaine émotion. Les jeunes étudiants se sont projetés à un horizon plutôt lointain, 2045 voire 2060 ! Comme s’ils allaient eux-même venir habiter ces lieux. 

Nathalie Marajo-Guthmuller, Présidente du Parc naturel régional des Vosges du Nord : « L’avenir dessiné par ces jeunes étudiants nous fait rêver mais avec les pieds sur terre. Ils imaginent un avenir sobre, humain, empreint de rencontres intergénérationnelles. »

Ce qui va frapper les élus locaux dans les propositions, c’est leur variété autant que l’absence de limites. Les étudiants s’autorisent tout, mais tout semble possible. Même si les budgets nécessaires seront difficiles à dénicher, en ces temps de disette budgétaire. La réutilisation de bâtiments existants est d’ailleurs une des idées forces de chaque projet.
Roland Letcher, Maire de Tieffenbach s’adressant aux étudiants lors de la présentation des projets : « Si je veux faire une seule de vos idées, ce n’est pas au Loto que je dois gagner, c’est à Euromillions ! »

Les projets sont présentés successivement. Quelques « oh » et quelques « ah » ponctuent les exposés. Les élus complètent les explications par des réflexions sur la faisabilité de tel ou tel aménagement. Le maire de Tieffenbach raconte que l’idée d’une salle polyvalente / lieu de rencontre aurait déjà infusée dans la population. Depuis le passage des étudiants, des soirées jeux sont désormais organisées par le club de loisirs. Camille-Massotte-Antoine, sociologue du Parc naturel régional, souligne la richesse de nos territoires révélées par les étudiants, des trouvailles permises par la connexion avec les habitants.

C’est un élu qui aura le dernier mot de la soirée, Jean-Claude Berron, Maire de Struth, « Merci de croire en l’avenir de nos territoires. »
 

Rural Studio 2019 – 2025
Le programme Rural studio est donc né d’une rencontre entre architectes, une professeure de l’ENSAS, Emmanuelle Rombach, et des architectes du Parc naturel régional des Vosges du Nord. Ces derniers avaient déjà éprouvé ces « workshops étudiants ». Personne n’échappe aux anglicismes, même en milieu rural. La formule est féconde et séduit les élus locaux autant que les étudiants et leurs professeurs.

Face aux nouveaux défis, réchauffement climatique, vieillissement des populations, numérisation des métiers, les décideurs ont besoin de regards neufs, y compris en milieu rural, loin des métropoles. Aucun territoire n’échappe à ces mutations accélérées. La ruralité, parfois perçue comme préservée, n’y échappe pas non plus. Et ici, ces problématiques s’ajoutent aux évolutions plus anciennes : déprise agricole, chute de la biodiversité, exode de la jeunesse… Les propositions formulées par les étudiants bousculent les habitudes, surprennent, ouvrent aussi de nouvelles perspectives. Les communes y gagnent une boîte à idées pour les décennies à venir. Les étudiants en retirent un enseignement concret, ancré même. Rares seront les moments dans leurs études où ils auront l’occasion de sortir de l’école pour se frotter à des situations aussi complexes.

Emmanuelle Rombach : « On n’impose pas un programme , d’abord on explore, on pense l’utopie… »

Constance Portier, étudiante : « Le Rural Studio m’a beaucoup tentée par son approche sensible et concrète, par le fait de pouvoir prendre connaissance du site, d’échanger avec les acteurs locaux, de découvrir d’autres manières de construire via des ateliers plus manuels. »

Tom Parisy, étudiant : « J’ai particulièrement apprécié le temps laissé à l’observation, à l’exploration du site, à la compréhension fine de ses enjeux. Les échanges avec les habitants et les représentants municipaux ont également été très enrichissants. »

Les objectifs et la méthodologie sont clairs. Il s’agit de sensibiliser les étudiants aux problématiques spécifiques des territoires ruraux, dialoguer avec les élus et forces vives de chaque site, comprendre un territoire et réaliser un diagnostic à partir d’une pratique de terrain en immersion sur plusieurs jours, comprendre et interpréter les documents d’urbanisme, si nécessaire proposer des solutions alternatives, croiser des disciplines multiples, architecture bien sûr mais aussi urbanisme, géographie, paysage, sociologie, économie, agronomie, design…

Les étudiants devront développer une approche globale des enjeux, quantifier les besoins pour élaborer un projet, identifier un site à potentiel, réaliser des relevés, tester la capacité du site à accueillir un programme sensible et fonctionnel. Leurs projets devront s’inscrire dans un paysage et privilégier les matériaux locaux.

Le travail se fera en collectif, mais chacun devra aussi travailler seul pour explorer une approche personnelle. Les projets devront être expérimentés, évalués et présentés en maquettes. Des apports théoriques et techniques viendront enrichir les contenus tout au long de l’atelier.

La première promotion du Rural Studio va inaugurer la démarche en se penchant sur la commune de Climbach, étape du GR 53, le chemin de grande randonnée qui traverse le massif des Vosges.
 

2019
La mécanique du GR 53 à Climbach
La randonnée et plus généralement les sports de pleine nature connaissent un succès croissant. Parmi la vaste offre de sites à arpenter, certains bénéficient d’une notoriété incomparable comme le GR20 en Corse ou le Tour du Mont-Blanc. Cela n’empêche pas d’autres chemins de faire leur trou. Le GR 53 fait partie de ces challengers et il ne manque pas d’atouts. Moins fréquenté que certains, il se révèle plus propice à la rêverie, très boisé et donc très ombragé, il est mieux abrité des chaleurs estivales. Ses citadelles de grès construites au Moyen-Âge sur des éperons rocheux sont autant de repères spectaculaires qui rythment la marche. Largement équipé en signalétique à destination des randonneurs, le chemin se voit doté depuis 2022 d’un plan paysage. Mais quand nos étudiants investissent Climbach en 2019, ce plan qui va mobiliser des financements importants n’est encore qu’une perspective. Sans doute, leurs travaux auront inspiré quelques aménageurs publics…

Clément propose de créer un véritable cœur de village avec une place publique, la transformation d’un espace vert existant en un parc accessible à tous et l’édification d’une médiathèque intergénérationnelle. Un équipement que l’on retrouve dans le projet de Marion et Alexandra. Ces dernières souhaitent profiter des parcelles et bâtiment déjà propriétés de la commune pour décliner d’autres programmes comme une épicerie, une cuisine collective, une auberge de jeunesse et un ciné-café. Insuffler un dynamisme nouveau est leur mot d’ordre. Elles vont aussi porter un soin méticuleux à choisir des matériaux biosourcés. Pour Claudia et Maxence, la priorité est mise sur la création d’un parcours de randonnée pédagogique avec l’implantation de cinq observatoires et d’une tour d’observation pédagogique. Charlotte et Charlotte s’inscrivent clairement dans la perspective du Plan paysage en gestation lors de leurs travaux en soignant la traversée du village avec une « signalétique habitable », l’implantation de bancs reposoirs, un soin particulier apporté au petit patrimoine ainsi que l’intervention ponctuelle d’artistes. Charles-Etienne ouvre lui une nouvelle perspective au village en y implantant un centre équestre à l’orée de la forêt.

Avec le regard que permet le recul sur cette première « promo », l’affaire semble bien engagée. C’était sans compter sur un virus apparu cette même année 2019 et qui va donner sa pleine mesure tragique en 2020.

2020 
Territoire à énergie positive – Communauté de communes de Sauer – Pechelbronn
La deuxième année de Rural studio amène nos étudiants dans la communauté de communes de Sauer – Pechelbronn. En ces temps de dérèglement climatique mâtinés de crise sanitaire mondiale – bonjour la Covid – l’accent est mis sur l’efficacité énergétique des bâtiments, en construction neuve comme en réhabilitation. 

Un corps de ferme avec sa grande cour, son immense grange au cœur du village de Morsbronn-les-Bains va inspirer Lorraine et Léo. Leur programme « De la main à la bouche », associe quatre artistes et trois restaurateurs. Le bâti existant est typique des centres villages de la région avec ses vastes espaces et donc son fort potentiel. L’appropriation de la grange notamment pour y installer différents lieux de vie comme de travail, ouvre de nouvelles perspectives qui vont se retrouver au fil des promos de Rural studio.

Constance de son côté, a imaginé une construction neuve en bordure de Langensoultzbach. Un terrain viabilisé à l’entrée nord du village lui permet de développer un projet dédié à une famille recomposée souhaitant s’installer dans la région pour démarrer une activité de tourisme durable centré sur le patrimoine naturel, culturel et culinaire des Vosges du Nord. Les bâtiments vont associer atelier de cuisine, espace de méditation, commerce, gîte et logement. L’implantation à l’orée d’une forêt, représente un plus pour les visiteurs en quête de calme et de nature. Le programme « Racine des Vosges » fait aussi la part belle aux matériaux locaux et biosourcés. 

Constance Portier, étudiante : « l’atelier s’est déroulé en période de crise sanitaire, lors du premier confinement. Avec une grande frustration, tout s’est fait à distance, avec une présentation en visio en fin de semestre. Cet atelier de projet m’a quand même beaucoup appris en termes de méthodes de construction et de réflexion sur les ressources locales. J’ai pu développer une réelle réflexion concrète du projet, de l’édification du programme jusqu’à celle du bâtiment. »

Toujours à Langensoultzbach, Céline a opté pour des constructions en bois associant coworking et cohousing sur les hauteurs du village. L’idée principale de son concept est de combiner un projet de cohabitation sous la forme d’une maison multigénérationnelle avec un espace de travail. Pour Céline, les villages offrent des conditions idéales pour échapper au stress de la ville. Elle imagine donc plusieurs familles investissant des espaces autour d’une cour centrale dévolue aux rencontres et aux échanges. Le système constructif est une structure en bois massif constitué d’éléments préfabriqués de murs et de plafonds.

Morsbronn-les-Bains est une commune petite mais active grâce à son offre d’hébergements et de soins à destination des curistes. Nolwenn propose d’enrichir encore cette offre en créant au cœur du village une guinguette dédiée à la musique et à la danse. De quoi se dégourdir les jambes après une journée de soin.

2021
Roches et tourbières du Pays de Bitche
Pour le Rural studio saison 2021, le virus semble derrière nous et le Parc naturel régional des Vosges du Nord propose de développer des démarches innovantes sur les questions d’ « expérience nature ». Comment répondre aux attentes sociales tout en protégeant les espaces fragiles présents ? Il ne s’agit pas d’exploiter la nature, mais de s’y ressourcer en imaginant des perspectives nouvelles pour des sites touristiques emblématiques, les ruines des châteaux forts par exemple ou des lieux plus communs comme les étangs. La valorisation de ces milieux liés à l’eau et aux rochers reste complexe. Il faut mettre en valeur, soigner la médiation sans abimer les lieux.

Avec un tel cahier des charges, nos étudiants vont être amenés à réfléchir à des projets sans doute très nouveaux pour eux. Imaginer des mobiliers à installer en forêt n’est pas forcément ce à quoi ils pouvaient s’attendre en intégrant une prestigieuse école d’architecture. Pourtant, ils vont courageusement relever le défi en proposant comme Liza différents modèles de postes d’observation d’oiseaux Elle va même enrichir le dispositif en dotant son observatoire de cônes acoustiques pour mieux écouter le chant des volatiles. Julien a lui imaginé poser son observatoire au ras de l’eau de l’étang du Vaterstahl, tel un barrage de castors. Ces derniers seront peut-être séduits par une autre proposition du même Julien : un micro-sauna nordique doté d’un ponton sur l’étang, sans doute pour un plongeon rafraîchissant après la suée. Lilian a pris un peu de hauteur en grimpant sur les pointes rocheuses de l’Erbsenfelsen afin d’aménager un site doté d’un point de vue magistral sur la forêt, avec en majesté la tour du château de Waldeck. De quoi agrémenter nos prochaines randonnées.

2022
Petites villes de demain – Bouxwiller – Ingwiller
Longtemps reliées par le « Schlembe », un petit train à la vitesse limitée à 40 km/h, les deux bourgades nichées sur le piémont des Vosges du Nord n’en finissent plus de se compléter. Si chacune a un collège, c’est à Bouxwiller qu’est installé le lycée public auquel il faut même rajouter un lycée privé. Mieux dotée en grandes surfaces, Ingwiller n’a pas le charme des maisons à pan de bois de sa voisine. Côté industries, c’est Bouxwiller qui tient la corde, mais la ligne TER passe et s’arrête à Ingwiller. Bref, les quelques 6 kilomètres qui les séparent ne sont pas mal vécus par leurs habitants. Pourtant, une vraie piste cyclable les reliant ne serait pas de trop et cela n’a pas échappé au groupe d’étudiants en charge de la réflexion sur la mobilité. La présence de la gare à Ingwiller a aussi inspiré Léa qui propose la construction d’ombrelles et de passerelles équipées de panneaux photovoltaïques. Côté Bouxwiller, grâce à Sophie, une friche industrielle pourrait revivre avec la création d’un « atelier des bâtisseurs », campus de formation sur les métiers du bâtiment, spécialisé sur l’éco-rénovation, accueillant des apprentis comme des professionnels ainsi que des particuliers porteurs de projets d’auto-construction ou d’auto-rénovation. Autant de passionnés qui pourront contribuer à la conservation par Bouxwiller de son label « Petite cité de caractère »®.

2023
Les étoiles terrestres – sites verriers
Sur le territoire des Vosges du Nord, le grès, l’eau et la forêt sont des ressources naturelles que les habitants ont appris à maîtriser au fil des siècles. La production de verre et de cristal est née de ces savoir-faire d’excellence. Cette capacité d’innovation et cette créativité sont valorisées aujourd’hui par des espaces muséographiques mêlant un bâti traditionnel et des architectures contemporaines marquantes. Les sites verriers en activité dans les Vosges du Nord sont au nombre de trois : Wingen-sur-Moder, Meisenthal et Saint-Louis-lès-Bitche. Chacun est doté d’un musée, lesquels contribuent fortement à l’attractivité de la microrégion.

Nos étudiants vont se polariser sur les villages abritant ces sites verriers. Les dynamiques économiques issues des verreries n’ont d’ailleurs pas toujours favorisé un environnement urbain séduisant. A Saint-Louis, Flora, Coraline et Elsa vont se réapproprier un vaste bâtiment désaffecté proche de l’usine, pour en faire un nouveau pôle d’attraction du village. Le travail de réhabilitation est considérable notamment en termes d’isolation, mais le potentiel est réel. Leur travail passe aussi par un aménagement de la voirie pour rendre les déambulations dans le village beaucoup plus agréables.
À Meisenthal, c’est une ancienne scierie qui va inspirer Amélie, Laurine et Florian, avec la création d’un centre pédagogique intergénérationnel. De quoi réactiver l’autre filière industrielle locale : le bois.

À Wingen-sur-Moder, Albane s’est penchée sur le destin de la gare autrefois très active, avec jusqu’à une trentaine de cheminots à ses heures de gloire. Le bâtiment n’abrite plus aujourd’hui qu’un guichet automatique où l’on peut acheter son billet. Une sérieuse réhabilitation avec café, espace de travail, point d’accueil information, mini expo et local à vélos redonnerait de la vie à la petite place devant la gare.

2024
Petites villes de demain – Wissembourg
Lancé en octobre 2020, le programme national « Petites villes de demain » soutient les communes de moins de 20 000 habitants ayant un rôle clé pour la dynamique locale afin de revitaliser leurs centres-villes, améliorer l’attractivité locale et renforcer les services aux habitants. Les étudiants de Rural studio ont travaillé sur Wissembourg, petite cité frontalière de 7500 habitants reliée à l’Eurométropole de Strasbourg par le chemin de fer en moins d’une heure. Une commune qui voit son centre décliner, mais qui envisage d’accueillir de nouveaux lotissements de maisons individuelles. Un paradoxe qui a conduit Tom Parisy à proposer de réenchanter le pavillonnaire : « Il me semble essentiel, en tant que jeune architecte, de ne pas me concentrer uniquement sur les problématiques urbaines, mais aussi de réfléchir à la manière dont les campagnes peuvent rester résilientes face à de nombreux défis : le réchauffement climatique, l’évolution démographique, les questions de mobilité (transports collectifs et individuels), la relation habitat/travail, ainsi que la proximité avec les ressources naturelles et animales. » Pour Marie-Selma, l’avenir de la petite ville réside dans la dynamisation économique de la cité par le tourisme et le numérique. Elle propose d’investir ou de remplacer des bâtiments industriels et commerciaux existants et désaffectés pour y installer une auberge de jeunesse, un pôle d’accueil d’entreprises. Le tout dans un espace donnant toute sa place au vivant avec re-végétalisation, récupération des eaux fluviales et autonomie énergétique.


Décidément, nos jeunes architectes n’hésitent pas à dépasser leur mission première de conception et de construction de bâtiments et d’ouvrages d’art pour s’aventurer sur des terrains tout aussi passionnants.

À suivre… Bientôt la promo 2026

Par Pierre-Paul Castelli
Illustration par Nouhaila El Fantaroussi
Maquettes par Emma Binsinger, Léa Rondwasser, Célia Giraud, Léane Bournez